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Spiral

De musique avant toute chose

XTC The big express (Virgin, 1984)

Plus que tous les autres sans doute, Mummer et The big express sont les deux albums de XTC à défendre... Après, viendront les expérimentations sous le nom des Dukes of Stratosphear, et Skylarking: ces disques-là n'ont pas besoin qu'on les sauve, au contraire. J'ai déjà parlé ici de Mummer, qui semblait proposer une halte acoustique et psychédélique doublée d'une introspection qui semblait nous conter par le menu une renaissance du groupe.

Ici, on plonge à la fois vers un renouveau énergique et aux sonorités riches, et vers un retour en arrière: sans être forcément un album concept, The big express est un disque largement centré autour de Swindon, et de ce que c'est que d'être un Anglais à l'époque de sa conception: travailleur consciencieux, pris dans la routine journalière (Wake up), marin en bordée (All you pretty girls, sur les filles que Partridge n'aura jamais), Portrait d'une ville de très moyenne envergure (The everyday story of smalltown), quotidien perturbé avec une épouse acariâtre (Shake you donkey up), pendant que le monde passe au loin (This world over, Reign of blows) et que Colin Moulding anticipe sur les ballades contemplatives de Skylarking et Nonsuch (I remember the sun).

Trois chansons se distinguent d'une manière significative: I bought myself a liarbird, qui met un point final aux rapports entre XTC et leur ancien manager, sur un ton amer et très fortement ironique; Train running low on soul coal qui compare l'homo Partridgus à un train dont le carburant vient à manquer ("Soul coal" un charbon d'âme...), et enfin, surtout, la merveille des merveilles: Seagulls screaming kiss her kiss her, dont la clé n'est pas bien difficile à trouver: Andy Partridge, qui a rencontré Erica Wexler mais ne tient pas à mettre son mariage en l'air, y exorcise la frustration de ne pouvoir l'embrasser (etc etc) tout en racontant une expérience émotionnelle désastreuse et si typique d'un garçon, disons, particulièrement complexé.

Une chanson, disons, accessoire, mais irrésistible, complète le tableau: You're the wish you are I had, au refrain intraduisible et sans queue ni tête... C'est un peu De do do do, de da da da qui aurait rencontré Hello goodbye...

Musicalement, l'album prend le contre-pied de l'atmosphère pastorale de Mummer, en faisant grincer les guitares, et en proposant des sons de rythme dont l'idée était probablement de rivaliser avec le son de batterie de Terry Chambers sur Drums and wires... Sauf que Terry Chambers n'est plus là: c'est Peter Phipps qui officie sur les parties de batterie et percussion "humaines", et sinon Partridge a amené une boîte à rythmes Linn Drum. Le son s'enrichit toujours plus avant, grâce à la contribution de Dave Gregory qui continue à explorer les claviers, notamment le Mellotron, dont il va devenir un spécialiste réputé. Sa contribution sur Seagulls... est impressionnante.

Le problème, c'est que David Lord, le producteur en titre aux studios Crescent de Bath, et Andy Partridge lui-même, se sont retrouvés, complices, autour d'une envie de pousser le groupe jusque dans ses derniers retranchements, en disséquant son après son, et en n'en finissant plus de peaufiner: l'album a coûté cher, et a pris très longtemps à se faire, jusqu'à l'écoeurement de Gregory et Moulding. Ce dernier a pu placer sur l'album deux merveilles, Wake up et I remember the sun, mais ce sera tout. Et si les sons de guitares (on retrouve la légendaire double attaque de Gregory et Partridge dès le début, sur Wake up) sont particulièrement tranchants, il y aurait à dire sur les sons de batterie: la proéminence de la Linn est éprouvante... 

C'est dommage, tant le choix des 11 chansons, entre affirmation de plus en plus évidente d'une affinité avec les grandes heures de la pop psychédélique de 1967, et redécouverte des fondamentaux de la pop anglaise (Kinks, Honeybus, Beatles, Hollies) est pertinent... Mais à petites doses, cet album parfois surprenant (Shake you donkey up, et ses sons qui claquent, This world over, à la manière de The Police, I remember the sun et son jazz aventureux, avec un solo de Partridge superbe) réserve énormément de satisfactions, de surprises, et tout un monde de sons encore en avance sur leur temps... Embarquez!

Petite curiosité pour finir: non seulement The big Express est le tout premier album d'XTC sorti sur support numérique, mais c'était aussi un LP à l'étrange pochette circulaire, dont les contours épousaient la forme de la roue représentée sur le recto... Les photos à l'intérieur, avec nos trois musiciens en ouvriers du rail renvoyaient au mythe d'un train qui passe: Swindon, ville-étape pour toujours? Et puis, les Anglais et leurs trains, c'est tout un univers... 

 

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