Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Spiral

De musique avant toute chose

XTC Wasp Star (Idea Records, 2000)

Des guitares portées la tête haute, un son direct et sans trop de fioritures... Playground, la chanson qui ouvre le bal, semble nous dire que XTC est de retour au son qui a fait sa renommée à l'orée des années 80. Et le contraste ne pouvait pas être plus grand avec l'album précédent, Apple Venus, sorti juste 18 mois avant celui-ci (à l'échelle de XTC, un instant); mais comme chez XTC, rien n'est simple, le sous-titre de Wasp Star était Apple Venus volume 2... Car le grand retour du groupe, programmé au départ pour 1996, aurait du s'opérer sur un double album, riche en allers et retours entre le style rentre-dedans et les chansons plus intimes et pastorales. En lieu et place, la décision a été prise de séparer les deux: sur Apple Venus, les chansons orchestrales et arrangées au cordeau, sur Wasp Star le retour du power-pop qui tâche, avec guitares partout... Un beau programme donc en théorie, mais comme je le disais plus haut, décidément rien de rien n'est simple, et entre-temps Dave Gregory est parti.

Ca se sentait sur Apple Venus, mais il restait son ombre: une partie de piano, une idée, un arrangement, ça et là, voire sa présence dans les choeurs, faisaient qu'on peut après tout considérer l'album comme partie intégrante de sa carrière. Pas Wasp Star: l'album, enregistré en Grande-Bretagne dans trois studios différents, avec un nouveau producteur, Nick Davis, nous montre le monde de XTC désormais partagé entre Colin Mouding et Andy Partridge. Et ce dernier a signé 9 des 12 chansons, et se charge désormais de toutes les guitares, donc, pour toujours cet album sera celui dans lequel il manque quelqu'un... Impression qui perdure aujourd'hui que le soufflé est retombé, et que les douze chansons ont rejoint le désormais glorieux passé d'un groupe défunt:

Playground et ses guitares, donc, annoncent une visite dans une cour de récré métaphorique qui permet à Partridge, mi-amusé mi-désabusé, de théoriser sur l'école comme terreau de la bêtise, de la loi de la jungle et de la méchanceté des rapports humains. Riffs saturés, basse ligne claire et batterie qui va à l'essentiel (Chuck Sabo), c'est une excellente entrée en matière. Et c'est suivi de Stupidly happy, une merveille de minimalisme, sur un accord dont Partridge teste l'élasticité par des arrangements qui ne font que souligner le peu de ressources dont la chanson dispose, avec un humour confondant (Il faut écouter l'arrivée virtuose de la basse, qui joue ensuite de façon répétée une seule note sur la moitié de la chanson!): à la fin de cet hymne à l'abandon de l'intelligence, on est sans doute persuadé qu'on écoute un chef d'oeuvre... Hélas la fête est en passe d'être gâchée.

Car si Partridge est ragaillardi, et après tout totalement aguerri en matière d'enregistrements de guitares accumulées en solo depuis qu'il accomplit des maquettes sur lesquelles tout est déjà là, Moulding, lui, a perdu son génie. Déjà sur Nonsuch, on a le sentiment qu'il n'y croyait plus totalement, mais ici... c'est presque pathétique: In another life se traîne, et si on excepte une allusion virtuose et cryptique (There'd be flying pigs) au fait qu'il avait été contacté pour remplacer Roger Waters dans Pink Floyd (Ca n'avait pas pu se faire, Moulding est un trop bon bassiste pour remplacer cette feignasse de Waters), le morceau sombre dans l'ennui. Boarded up est intéressant dans son utilisation de sons low-fi et d'une guitare acoustique, pour raconter la fermeture des petites salles de musique, mais là encore la chanson est trop longue et se traîne. quand à Standing in for Joe, elle est à la limite de l'indigence...

Alors on retiendra l'excellence de certaines chansons de Partridge, notamment I'm the man who murdered love, qui aurait fait un fabuleux single en domestiquant les guitares un peu (Euh... Dave Gregory?), Wounded horse, et sa lamentation enguitarrée, ou Church of women et ses changements d'ambiance sans complexe. Mais même avec les chansons du maître des lieux, on se prend souvent à se dire que le fait de se retrouver à deux ne leur sied guère, et que la plupart des chansons, y compris quand elle débouchent sur de l'orchestral fabuleux (quelques passages de The wheel and the maypole, mais la chanson est là encore trop longue...), souffrent d'un je-ne-sais-quoi qui ne va pas. 

Et le plus grave, c'est que c'est le dernier, l'album final, l'ultime chance d'intéresser un grand public qui à l'époque s'en foutait éperdument. La fin de XTC, mort cinq années plus tard lorsque les deux derniers membres ont cessé de se parler; comme le dit Partridge: "le jour où Colin a changé de numéro de téléphone sans m'en avertir, j'ai compris que le groupe était fini"...

Andy Partridge, enfin reconnu à sa juste valeur, a sauvé sa carrière en créant un label qui a une certaine influence sur le monde de la musique indépendante au Royaume-Uni, et il a contribué aux carrières respectives de The milk and honey band, Pugwash ou Steven Wilson (avec lesquels il a écrit des chansons notables), tout en devenant un consultant réputé sur de nombreux projets pop. Il a publié le génial Fuzzy Warbles, un ensemble de huit disques de maquettes et autres élucubrations, avec lequel il a gagné dix fois plus de royalties qu'avec toute l'oeuvre de XTC. 

Colin Moulding, semi-retraité en , a commencé à vivre tranquillement de sa contribution conséquente à XTC, et a même prêté sa voix à quelques projets inattendus pour d'autres artistes, dont le multi-instrumentiste Irlandais Duncan Maitland. Enfin, avec Terry Chambers, enfin de retour d'Australie, il a sorti un EP de quatre chansons (globalement de bonne tenue), sous le nom ironique de TC&I en 2017. On parle d'un retour sur scène: à suivre.

Quant à Dave Gregory, après avoir claqué la porte durant l'enregistrement de Apple Venus, il est devenu un maître incontesté, souvent invité à participer aux arrangements: guitare, mais aussi arrangements de cordes, pour Pugwash, puis il a participé à la création d'un groupe de rock progressif de Swindon, les Tin Spirits, aux côtés de Daniel Steinhardt, spécialiste réputé des effets. Et surtout, il est devenu le guitariste principal de Big Big Train (17 albums géniaux par an), auquel il est venu en compagnie de son légendaire mellotron. 

Il n'est pour l'heure absolument pas question d'une re-formation d'XTC, dont Steven Wilson est occupé à l'heure actuelle à ressortir les bandes de sous la poussière qui les protégeait de vos oreilles... Déjà cinq albums de parus. Ils sont tous indispensables: chez Ape records, en CD et Bluray...

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article