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Spiral

De musique avant toute chose

Tubby Hayes The eighth wonder (Tempo/Decca, 1958)

Le contexte de cet EP (trois titres en tout, on verra pourquoi le projet n'a donné qu'une quantité limitée de titres) est assez particulier: le groupe de Ronnie Scott et Tubby Hayes était en plein essor, et si les deux leaders s'entendaient à merveille, ils devaient sans doute avoir parfois besoin de respirer un peu... Plutôt que de se lancer dans un album entier, Tubby Hayes, saxophoniste et surtout multi-instrumentiste, mais aussi compositeur et arrangeur, a décidé d'ajouter une corde à son arc: pionnier de l'enregistrement multi-pistes...

Oscar Pettiford, dieu de la contrebasse, l'avait bien sûr coiffé au poteau dès 1954, en se décidant à se passer des soins d'un autre contrebassiste pour les moments où il choisissait d'enregistrer des parties solo au violoncelle: les musiciens faisaient donc une prise intégrale avec Pettiford à la contrebasse et laissaient une place pour le solo de violoncelle... Mais Hayes, qui ne brillait ni par la modestie ni par la retenue, voyait plus grand. Ce n'est pas pour rien que ce petit disque s'appelle "La huitième merveille"...

Bon, on va le dire tout de suite comme ça ce sera fait: la basse est interprétée par Phil Bates et la batterie par Bill Eyden (les deux rythmiciens des Jazz Couriers), et sinon le reste, tout le reste, soit le piano, les deux altos, les trois ténors, le baryton et le vibraphone, est joué par Tubby Hayes. Le piano est surtout utilisé en tant qu'instrument d'accompagnement rythmique; sans surprise, Hayes s'en accommode parfaitement.

On entend exactement ce qu'il voulait faire dans ces trois enregistrements: Blues for those who thus desire (Tubby Hayes) est un blues, comme son nom l'indique, dans lequel le leader laisse libre cours à son envie de réaliser des arrangements proches du jazz west coast, avec profusion de saxophones. Après les arrangements du thème, le premier instrument soliste est un alto, un instrument qu'on entend rarement Hayes jouer. Il lui donne instinctivement des accents très Parkeriens. Puis on l'entend au baryton, sur lequel il est à l'aise. Bien qu'il s'en défende, il était très capable sur cet instrument difficile... Le vibraphone suit, et là on n'a aucune crainte pour le musicien qui depuis qu'il se l'était appris tout seul, maîtrisait fort bien cet instrument du diable! Il se fait plaisir avec les arrangements, en accompagnant le vibraphone, puis en jouant avec les textures des différents saxophonistes dans des ensembles très écrits. Le dernier solo est celui du ténor, qui est particulièrement relaxé, comme pour faire mentir les critiques qui ne voyaient en lui qu'un virtuose obsessionnel.

Sur Time was (Prado/Luna/Russell), avant un solo très accompli de vibraphone, on entend les mêmes instruments à anche, qui jouent une courte introduction très arrangée. Le vibraphone nous fait entendre le Tubby Hayes des ballades, lyrique comme il faut, sous forte inspiration du blues de Milt Jackson. le final, dominé par le vibraphone, est une occasion pour Hayes de rendre justice au morceau, que les Jazz Couriers avaient enregistré sur leur album The jazz couriers in concert quelques mois auparavant: la bande magnétique était tombée à court en plein pour le final de Time was! Ici, il est donc restitué.

Enfin, The eighth wonder est essentiellement un showcase pour le ténor de Hayes, mais le "groupe" de saxes, et le vibraphone sont là pour lui donner la réplique... une courte intro de piano est suivie d'un arrangement à la Benny Carter, avec un pont dédié à une courte intervention de vibraphone; après une transition, c'est au tour du ténor, qui est une fois de plus étonnamment serein, comme si pour une fois le saxophoniste ne se sentait pas obligé de jouer son va-tout. Une autre intervention du vibraphone se fait entendre au milieu d'une profusion de passages arrangés pour les nombreuses anches, dans lesquelles Hayes se fait plaisir en plaçant des lignes qui lui ressemblent...

S'il est vrai que cet EP est marqué par une certaine virtuosité, cette fois c'est celle de l'arrangeur, alliée à la prouesse de la technique, qui se fait remarquer... Le disque a été abondamment critiqué, et n'a pas changé la face du monde; pourtant, il est facile d'y entendre plus qu'une simple occasion de frimer, notamment la maîtrise des ensembles, le plaisir d'assembler les saxophones, et une sorte de jeu du chat et de la souris avec l'auditeur, qui pourrait parfois croire qu'on est presque à plusieurs individualités différentes, tellement Hayes articule différemment sur les instruments différents... 

 

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