Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Spiral

De musique avant toute chose

Daniel Rebière (Auto-produit, 2020)

Daniel Rebière est auteur, compositeur, interprète, chanteur. Il a choisi de creuser, à l'écart de son autre vie (professionnelle, familiale, etc) un sillon de poète: guitare en bandoulière, micro à portée de la main, plume prête à l'emploi; quand les circonstances le permettent, il aime le contact avec le public, contact direct, dans des petites salles... ce qui ne l'a pas empêché de voyager avec sa musique, y compris hors des petites frontières de notre petit pays. Son univers est comme son jardin (et le jardin, il connaît, aussi, car il aime "les potagers aux allées bien rangées" dans J'aime), et il lui ressemble: des sons acoustiques, directs. Des guitares principalement, un instrument qui lui sert de base, mais qui n'est pas une finalité en soi. Car Daniel a des choses à dire, et il les dit...

Dans une tradition de chanson française illustrée par beaucoup, mais qui résistera à toutes les modes possibles et imaginables, il se plaît à écrire des textes souvent drôles, d'une grande clarté mais qui n'échappent jamais à la poésie, celle des mots justes. "Souvent" drôles, disais-je, parce que Daniel, certes, aime les mots qui surprennent, qui font plaisir: il le dit lui même, en exergue de son album: "J'aime dire je t'aime"; il joue parfois sur un terrain traditionnel de la chanson française, sans céder en rien à la facilité et en privilégiant le naturel sur l'expressionnisme: "Chaque fois que je cherche une chemise dans la penderie de notre armoire (...) j'en ai plus qu'assez de voir tous les amants que t'as oubliés" (Dans la penderie de notre armoire), il chante avec des mots légers l'amour comme dans les chansons simples, celles qui font plaisir et qu'on veut chanter à son tour (Anatole)... Mais il ne se prive pas non plus de laisser son humour tailler un costard à tous les marchands d'arme ("Toutes ces chaussures entassées ensanglantées qui ne servent plus à rien, t'as bonne mine j'te jure", Mine de rien)...

Daniel confie aussi à sa poésie le soin de peindre un univers plus tangible, celui d'une région: Saint Nazaire, la ville si souvent en proie aux avanies des guerres (détruite durant l'occupation), aux crises (ses chantiers navals ont subi les conséquences du chômage, de la mondialisation, et ont été les témoins de tant d'affrontements sociaux); il chante la ville en s'imposant une rime par couplet (Estuaire, mer, guerre... pour situer la ville dans sa géographie et son historique; devine, la Brière voisine, bise saline, épine... pour resituer le milieu naturel; enfin, chômage et rage rappellent la lutte locale). Car Daniel, partie prenante des luttes et des indignations, a choisi depuis longtemps son camp, et le dit. Il s'indigne de la solitude d'un sans-abri, et il chante la triste histoire de l'île de Lampedusa, le bout du monde pour nous, mais le premier contact avec l'Europe, pour des migrants qui vont se fracasser sur le mur du refus des braves gens. Il a choisi de chanter le refrain en Italien, mis il aurait pu être chanté en Hongrois, Grec, Allemand, Anglais, ou Français... 

L'album est structuré, aussi: les chansons se complètent, se répondent... On y trouve même une suite de titres tous dédiés à la mer, ses villes côtières (Saint Nazaire), le bonheur des vacances (Les vacances en bateau), et la présence dramatique de la mer (Lampedusa). Il rapproche "la solitude" du migrant qui prend la mer (La barge) de sa destination en forme de désillusion (Lampedusa)  Daniel utilise un vocabulaire marin, voire aquatique, un peu partout: Sur quel récif est-il le monde où je pourrais trouver mon île (Poser ma peau)... 

S'il privilégie une forme acoustique, avec une guitare parfois doublée et son seul chant, Daniel invite aussi son ami Joel Bosc à chanter avec lui (Elle et lui), à parfois jouer des mélodies discrètes mais définitives (Boulevard des senteurs) et il se fait accompagner de la basse de son fils Martin sur quelques chansons. La façon dont l'instrument installe l'ambiance dramatique en répétant la note fondamentale (Saint Nazaire), ou accompagne avec subtilité le blues (Quand le poète a bu), est à porter au crédit du bassiste, et de l'excellence de la prise de son. C'est aussi à porter au crédit des choix du compositeur qui a décidé, précisément, de toujours privilégier le moins sur le trop. Dans ses arrangements comme dans ses chansons, d'ailleurs: quand une chanson n'a besoin que de 1:27 (Elle et lui), pourquoi aller plus loin?

Enfin l'essentiel de l'album de ce chanteur-guitariste rappelle aussi qu'il est guitariste-chanteur, et qu'il n'a pas son pareil pour faire coïncider avec adresse et simplicité le swing des mots (avec une petite dette inévitable à George Brassens mais pas que) et swing de la guitare: à la fin, il décide de conclure sur La vie si douce, une chanson dont tout le programme est dans le titre, et qui swingue drôlement: pas étonnant dans ces conditions que le chat s'appelle  Django... Lui qui a commencé par nous dire ce qu'il aime plutôt que ceux qu'il n'aime pas (J'aime), finit par la liste des plaisirs d'un dimanche tranquille, là-bas, au fond de la jungle de Loire-Atlantique, à deux pas de la Brière: Croissants, chouquettes, biscotte, jazzy, pain grillé, et "bonne humeur au programme"... A la fin, on sourit. C'est parce qu'on est content... merci, Daniel.

L'album:

http://www.lesitedereb.com/pages/productions.html

Le site:

http://www.lesitedereb.com/

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article