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Spiral

De musique avant toute chose

Donald Byrd A new perspective (Blue Note, 1963)

Donald Byrd a constamment gardé un contact avec les études musicales, ayant traîné ses guêtres dans un certain nombre d'universités prestigieuses, y compris à Paris où il est venu un temps étudier la composition. Il en ressort une inévitable, et très palpable, soif de tout tenter chez lui, mais qui se teinte de l'originalité des années 60... Ce qu'on voit dans cet album, un de ses meilleurs disques, et l'un des joyaux du label Blue Note...

A la base, et le sous-titre est assez clair ("Band with voices"), Byrd souhaitait intégrer des voix dans un ensemble, et marie donc un septet avec un ensemble de huit chanteurs, tous captés comme un instrument à part entière: on est proche du gospel, sans y adhérer totalement, et les six musiciens qu'il a choisis pour l'accompagner sont loin d'être des manchots. Pas présent en tant qu'instrumentiste, Duke Pearson est responsable des arrangements de la séance.

Elijah, qui débute l'album, nous permet de faire les présentations: c'est le choeur qui commence, en mode furieusement soul, avant que le groupe ne déboule, porté par le batteur Lex Humphries: celui-ci avait été un pilier des groupes de Dizzy Gillespie, et a écouté Art Blakey dont il traduit en termes personnels la tentation polyrythmique du jazz. Le morceau est sous-tendu par un tapis de percussions à la puissance contrôlée, assisté d'une interprétation toute en subtilité de la ligne de basse par Butch Warren: celui-ci, on le connaît par de nombreuses séances chez Blue Note, mais c'est surtout chez Monk en 1963-1964 qu'il a eu son heure de gloire. Les deux premiers solistes du titre sont le guitariste Kenny Burrell, totalement à son aise entre les exigences d'une séance hors normes, et un idiome proche du blues, le vibraphoniste Donald Best qui ajoute efficacement à la ferveur de l'ensemble. Plus connus dans cette galaxie du jazz hérité du blues et du Rhythm 'n blues, Herbie Hancock au piano, Hank Mobley au ténor, et bien sûr Don Byrd à la trompette complètent le groupe. Ce qui est frappant, dans ces thèmes (cinq en tout) qui se déroulent parfois sur 9 minutes, c'est de voir l'économie des intervenants, qui jamais n'en font trop, et gardent la parole de façon succincte, en évitant tout débordement: c'est que dans cet album, Byrd donne la priorité à la musique. 

Gospel, donc, avec Elijah, ou l'étonnant Cristo Redentor (composé par Duke Pearson), qui a eu un certain succès à la sortie de l'album: on y entend la conception d'un solo selon Byrd, qui aimait à jouer un peu avec les sons de son instrument, une trompette tout à fait orthodoxe, à la façon d'un Lee Morgan, mais sans la flamboyance de ce dernier. Byrd mettait toujours son solo au service du morceau, et il en ressort une cohérence, certains diront une sagesse, de sa musique. L'album n'échappe pas non plus à l'atmosphère des années 60, lorsque le tempérament expérimental se mariait avec les envies d'un public de tout marier. Ainsi Beast of burden se plaît-il à nous séduire avec un rythme foncièrement laid-back, et les doo-doo du choeur. Les deux héros de ce morceau sont Byrd qui livre sa version profondément économique mais totalement sincère du blues, et Herbie Hancock en pianiste bien plus orthodoxe que dans ses prestations pour Miles Davis: son solo est purement jouissif de simplicité.

L'orchestre se fait parfois moins caressant, comme sur Black Disciple (De Byrd), ou il alterne les passages lyriques (avec les ahh du choeur) et des moments où le soul-jazz de fervent, devient presque brûlant. Ici le premier soliste est Hank Mobley, tout à fit à son aise dans une telle ambiance, où son jeu constamment à l'écart des influences trop écrasantes (Coltrane, Rollins) nous rappelle qu'il était un grand styliste distinctif.

Le dernier titre permet à Byrd et à ses 14 co-musiciens de prendre congé sur un exercice nostalgique qui rappellera l'influence de l'écriture de Benny Golson. Byrd, qui a lui aussi été un Messenger en 1956 au départ de Kenny Dorham, a sans doute essayé de s'amuser avec un Whisper not maison, qui permet à chaque soliste de briller en compagnie du choeur: Byrd d'abord, tout en légèreté; Hank Mobley royal et une fois de plus parfaitement à son aise; Kenny Burrell, qui tricote des phrases autour de ces harmonies, pleines de richesses insoupçonnées; Herbie Hancock, qui reste dans un idiome strictement bop, avant de partir explorer les contours de chaque accord en faisant de belles prouesses dans les aigus, ne laissant semble-t-il aucune perspective inexplorée... Puis c'est au tour du choeur de clôre le titre.

...la fête a été courte mais intense...

 

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