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Spiral

De musique avant toute chose

Andy Partridge My failed songwriting career Volume 1 (Ape, 2021)

Depuis Wasp Star et l'abandon de XTC, il n'y a pas eu grand chose de la part de l'ancien leader du groupe... Quoique: il a quand même pris le temps de réaliser une anthologie de ses maquettes, en huit volumes (Fuzzy warbles), dont il a refusé qu'ils puissent en quoi que ce soit ressembler à un album; il a aussi placé une chanson par-ci, par-là, ma préférence étant partagée entre le glorieux retour des Dukes of Stratosphear en 2005 avec Open a can (of human beans) et le merveilleux Wonderfalls, musique du générique de la superbe série du même titre, abandonnée après 13 épisodes: oui, Partridge est contagieux... Sinon, outre une participation de-ci de-là (The milk and honey band, Pugwash), il a surtout sorti des singles et EP: Planet England avec Robyn Hitchcock, et deux reprises couplées sur un seul disque: Oranges and lemons et Humanoid boogie... Mais pour tous ceux qui attendaient le grand, hypothétique, album solo de l'auteur de Senses working overtime, Then she appeared ou Wrapped in grey, rien à l'horizon, ni concrétisation, ni même, apparemment, intention.

Pour le reste, il a eu essentiellement trois activités. D'abord, en tant qu'ancien leader d'XTC, il est un peu le gardien du temple, et il a donc participé à la création de deux ou trois livres; ensuite, en tant que patron du label Ape il est très actif; enfin, il a aussi livré à des artistes divers des chansons taillées sur mesure, car son ambition était d'être le nouveau Graham Gouldman.

Eh bien c'est raté: après 20 passés à tenter de placer ses incomparables chansons chez les autres, Partridge a effectué à travers ce nouvel EP, un nouveau constat d'échec. Car le titre de cette série planifiée de grappes de quatre chansons, à paraître régulièrement, est clair: ma carrière ratée d'auteur de chansons... Pour une chanson placée chez les Monkees ou une collaboration avec Steven Wilson, combien de ratages? Se disant, probablement, qu'après avoir écrit Hungry heart pour les Ramones, Bruce Springsteen avait résolu d'enregistrer le morceau lui-même, et en avait fait un tube, Partridge a donc résolu de s'approprier les créations pour d'autres dans ces disques.

Au menu de cette première fournée, quatre chansons, dont l'auteur prévient: il s'agissait ici pour lui de donner du sur mesure, tel que lui concevait l'univers des artistes ciblés. Ceux-ci ne sont pas identifiés sur la pochette, et pour cause; et ces chansons ont été écrites quelque part ces vingt dernières années... Ghost train ouvre le bal, et c'est un rappel d'une époque lointaine où les chansons étaient rapides, sèches, simples, et un brin agressives. Plastic Bertrand se revendiquait punk, la presse disait que XTC l'était, du coup cette première chanson est un peu à l'intersection étrange des deux univers! La voix est un peu fatiguée, mais Partridge n'a pas de mal à reprendre la pose en plastique de ces années de vinyl jaune, aidé par des guitares minimalistes et une rythmique vigoureuse...

Great day (rien à voir avec la chanson qui finit l'album Flaming Pie de Paul M.) est une superbe chanson pop, absolument miraculeuse, qui est peut-être facile pour l'auteur de chansons aussi ambitieuses que, disons, Rook... Mais ici il s'agit de montrer son savoir-faire. C'est aussi, de façon intéressante, un "à la manière de Paul" qui semble être du pur XTC, parce qu'on dirait du... Colin Moulding. Et on s'y amuse beaucoup au name-dropping; Charlie parker, Tony Bennett, "Jimi" et Mickie Most. Je vous mets au défi de ne pas dodeliner la tête comme un chien à l'arrière d'une voiture...

Nous ne saurons pas qui était la cible de Made of stars, une ballade d'une grande beauté, là encore simple et directe. Partridge s'excuse presque de la chanter d'une voix trop grave, mais c'est parfait... C'est le seul morceau sur lequel il n'est pas tout seul, et il l'a co-signé avec Chris Braide, qui assume les parties de clavier. L'ombre de Skylarking se fait volontiers sentir...

The mating dance reprend l'un des thèmes les plus importants et les plus récurrents de son auteur: dans des paroles quasi-enfantines, il y chante le bonheur de s'adonner à un rituel d'accouplement, ce qui a poussé le management de l'artiste ciblé à refuser la chanson! Tant pis, ou tant mieux, on se rappelle un peu ici de certaines chansons de Wasp star, à travers la répétition joyeuse de certains motifs... Puis une petite figure de guitare fuzz reprise du début de Ghost train nous annonce que c'est fini.

Partridge a beau nous dire "attention, ceci n'est pas ce que je ressens à l'heure actuelle", je refuse de diminuer comme il le fait l'importance de ce disque: quatre chansons en solo d'Andy Partridge, le même mois qu'un single de Colin Moulding... un petit goût de bonheur, quoi.

 

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