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Spiral

De musique avant toute chose

Big Big Train Common Ground (English Electric, 2021)

Il y a des premières fois à tout, sans doute: c'est par exemple la première fois, avec cet album paru en pleine pandémie, que Big big train m'a déçu. Il faut dire que les circonstances atténuantes ne manquaient pas... 

Pour commencer, le groupe s'est entièrement (re) constitué, depuis 2010, sur l'idée de tourner, de montrer et faire entendre leur musique exigeante sur scène, et tout faire pour aller jusqu'à s'exporter avec leurs chansons! Au moment où la Covid frappe, ils ont réussi, au moins, à s'imposer hors des frontières Britanniques, comme un groupe plus que sérieux de rock progressif à l'ancienne... Mais reste à se produire devant des spectateurs en sortant de Grande-Bretagne, qui incidemment s'apprêtait à sortir de l'Union Européenne... Un seul concert a eu lieu à l'étranger, c'était le 13 juillet 2018 en Allemagne, pour le festival Night of the prog. Le groupe a été excellent, le public a été soufflé, conquis... Tous les espoirs, finalement, étaient permis. 

En 2020, une tournée est prévue aux Etats-Unis... Elle ne se fera pas évidemment, mais la pandémie n'est pas le seul contexte particulier: en mars de cette même année, Dave Gregory, guitariste qui a énormément fait pour donner une classe folle au groupe, tire sa révérence. On évoque "une envie de faire autre chose", le départ s'effectue dans l'amabilité générale, mais quelques commentaires occasionnels suscitent le soupçon. Et Gregory, a bientôt 70 ans, est un doyen qui ne se voit pas recommencer les tournées Américaines: il a déjà donné dans une autre vie, quand XTC était sur la route 9 jours de l'année sur 10, entre 1979 et 1981... On parle, assez rapidement, du guitariste Dave Foster pour le remplacer.

Alors que le groupe est célébré, muséifié (une compilation Japonaise, Summer's lease, leur déroule le tapis rouge, leurs CD et Blu-rays se vendent plus que respectablement), Rachel Hall et Danny Manners annoncent également leurs départs respectifs. Le coup est encore plus rude: Rachel Hall, de violoniste-choriste talentueuse, est devenue une incontournable soliste, redoutable sur scène, dont la compétition virtuelle avec le guitariste Rikard Sjöblöm est devenue un inévitable ingrédient scénique... Et Danny Manners, pianiste exigeant, au toucher magique, et contrebassiste de talent, est quasiment impossible à remplacer...

Bref, au moment où tout change, parce que sorti d'un pays est compliqué, aller à l'étranger encore plus, jouer quand les salles du monde entier sont paralysées, et en prime, trouver trois remplaçants pour les membres permanents, qui plus est tous très populaires dans le groupe... Oui, les circonstances sont atténuantes.

Le thème de l'album, sorti en août 2021, est dans le titre Common Ground: on est tous humains, donc on a tous quelque chose en commun. Le concept, c'est bien entendu de faire cause commune au lieu de se tirer dedans, un portrait en négatif du monde dans lequel nous vivons, donc... Et l'enjeu du disque est, doublement, de se renouveler: afin de rebondir, mais aussi de pallier aux soucis de personnel... C'est donc un groupe totalement enthousiaste qui lance ce nouvel album (une vidéo délirante les voit sauter en l'air, et le batteur Nick D'Virgilio va même jusqu'à enregistrer une vidéo qui le voit en plusieurs exemplaire célébrer la sortie de l'album!). Fondamentalement, c'est l'équipe désormais ramassée qui s'en rend responsable: David Longdon assume ici plus de fonctions que par le passé, et joue claviers, guitares, en plus de la flûte et du chant. Sjöblöm assume surtout les claviers, en plus de quelques interventions intéressantes à la guitare. Greg Spawton assure la basse bien entendu, et fournit lui aussi d'occasionnelles parties de guitare (acoustique) et de claviers. Enfin, D'Virgilio assure batterie et percussion, et confirme son importance dans le groupe, en fournissant aussi guitares, claviers et chant, notamment dans ses propres compositions, dont il assure une bonne part des enregistrements en amont: ne pas oublier qu'avec Big big train, une bonne part du travail de composition, donc de maquettes et par conséquent, d'enregistrement, s'effectue par E-mails...

Strangest times, composition de David Longdon, ouvre le bal, un peu à la manière de Alive (sur Grand tour, 2019): bondissant, enlevé, très mélodique, et un peu trop enjoué pour être totalement honnête: il y est question de la pandémie, ce qui rend fatalement le morceau un peu historique! Il est assez court, et bénéficie d'un solo de Dave Foster... pas mon genre, il repose énormément sur ses effets, et on a parfois l'impression d'entendre un shredder de hard-rock, bref, une grosse banalité: techniquement impeccable, certes, mais sans le moindre intérêt. Première déception... All the love we can give est une composition de D'Virgilio, dans laquelle il a beaucoup imposé sa marque. C'est donc riche, au point d'aller dans tous les sens. Ca reste d'une belle dignité, et on sera surpris d'entendre David Longdon forçant sa voix vers le grave... Le refrain est dominé par les voix aigues (notamment D'Virgilio et Sjöblöm), et c'est assez plaisant... Comme sur le morceau précédent, Carly Bryant est présente dans les choeurs, mais on l'entend peu. Un break passe carrément du côté du hard-rock, et laisse entrevoir une vision du rock progressir plus noire que celle à laquelle le groupe nous a habitués... Mais D'Virgilio flanque tout par terre en faisant dans un passage chanté la pire imitation de Kalus Meine que j'ai entendu de ma vie (en sachant que l'original suffit à être une parodie à lui tout seul)... Black with ink est une composition de Greg Spawton qui a décidé d'y mélanger les chanteurs: Longdon (en registre digne),Bryant avec ue voix pleine de soul, qui va clairement apporter beaucoup, Sjöblöm avec son organe venu en droite ligne des années 70, et D'Virgilio en renfort, donnent tous de la voix dans une chanson qui est une réflexion bienvenue sur l'importance de la presse et du livre. Mais musicalement, on se hisse rarement au-dessus d'un certain rock FM (la médiocrité d'un Toto, par exemple, voire Nena, le groupe Allemand, dont cette chanson évoque le gros succès 99 luftballons!). A ce stade, on s'inquiète... Le morceau a ses beaux moments quand même: un passage instrumental avec Rikard au moog, et des métriques compliquées, reste bien séduisant...

Heureusement la très belle ballade Dandelion clock nous restitue un Longdon en pleine forme, et des choeurs superbes, c'est une composition de Spawton, qui 'illustre à la guitare acoustique douze cordes. Les claviers, tout en nappes, sont magnifiquement joués par Sjöblöm, et l'invité Aidan O'Rourke remplace efficacement Rachel Hall au violon... Le morceau suivant, Headwaters, est une transition, due à Spawton et Sjöblöm: un thème uniquement joué aux claviers par le Suédois. Pas de quoi se relever la nuit, mais au moins le groupe n'y perd pas sa dignité...

La deuxième partie du disque commence avec Appolo, un autre instrumental concocté par D'Virgilio, et c'est une immense surprise: je soupçonne le compositeur et le groupe d'y avoir mis tout ce qu'ils pouvaient y mettre afin de montrer leur pouvoir intact... mais le batteur est aussi coutumier de cette tendance américaine du "more is better", en matière de production. Ici, cette démarche sert au mieux un morceau de rock progressif extravagant, constamment surprenant, et bien évidemment réjouissant. O'Rourke est également présent, et la section des cuivres du groupe fait sa première apparition de l'album sur ce titre: tous les protagonistes sont excellents... Il est suivi de ce qui était probablement considéré comme la principale vitrine de l'album, la chanson Common ground de David Longdon: elle est assez proche dans l'esprit de Strangest times: un refrain à chanter en choeur, une mélodie galvanisante, et une impression de réchauffé, un peu...Atlantic cable de Spawton est une grande réussite, par contre, sur un thème inévitablement dans la ligne attendue: les cables électriques qui relient les continents, sous les mers... En 15 minutes d'une construction très classiques, avec la dynamique particulière des montagnes russes auxquelles le groupe nous a si souvent habitués, nous avons droit à une min-épopée qui se situe en droite ligne des grands thèmes du passé, mais avec cette fois une confirmation de la direction plus rock que D'Virgilio et Sjöblöm (magistral aux claviers) ont imprimé. On se dit que si cette tendance se confirme, on peut rester optimiste. Et l'album se clôt sur une autre ballade fort soignée et très lyrique, signée Spawton, Endnotes, qui convoque à nouveau tout le monde, et c'est donc la deuxième et dernière intervention des cuivres sur l'album... Longdon, totalement dans on élément, y est une fois de plus magistral.

Long, avec le défaut de commencer pas ses titres les moins convaincants, ce n'est pas un album indigne. Ce n'est pas un ratage, et on peut se prendre à espérer que les morceaux qu'ils conserveront sauront s'adapter à une nouvelle équipe: les quatre musiciens ont déjà testé leurs nouveaux camarades au fil des plages de ce disque, notamment Dave Foster et Carly Bryant désormais intégrés au groupe (ils y ont d'ailleurs composé depuis): on attend de voir ce qu'ils donneront sur scène, mais...

Mais le 22 novembre 2021, David Longdon est mort. Et ça, c'est... 

 

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