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Spiral

De musique avant toute chose

Pink Floyd: Live at Pompeii (Adrian Maben, 1972)

Le groupe Pink Floyd, en octobre 1971, interprète quatre morceaux très élaborés, tirés de leur répertoire de scène de 1968 à 1971: Echoes, Careful with that axe, Eugene, One of these days et Set the controls for the heart of the sun, plus un blues vite fait mal fait qui met en scène un chien plaintif... Les séquences ont été filmées et enregistrées (en son direct, ce n'est pas du playback) pour trois d'entre elles dans les ruines de Pompéi et ses environs; une partie (le blues canin plus Set the controls...) ont été captés en studio à Paris et habillés à l'imitation du reste du set en post-production.

C'est un projet de plusieurs télévisions, au début, dont l'ORTF bien entendu, qui consistait au départ en un authentique concert du Floyd à Pompéi, avant que Maben, avec l'accord du groupe, ne propose une approche radicale: un concert oui, mais sans public. Tout serait entièrement tourné vers la performance d'un groupe. Que le quatuor ait accepté n'est pas surprenant, et le résultat est fascinant: on pourra sans doute s'abstenir de parler de création pure, tant la musique de Pink Floyd à cette époque (c'est à dire avant The Dark Side of the Moon) est extrêmement planifiées au terme de longues recherches en studio, en répétition. Des improvisations, oui, mais structurées par un cadre qui en fait des compositions à part entière.

Pas de parlote, peu de chant, les morceaux étant majoritairement instrumentaux, et un humour permanent qui affleure dans la façon posée dont ces musiciens déroulent leur spectacle: on remarquera l'attitude de dandy de Roger Waters qui met un point d'honneur à poser sa basse aussi souvent que possible. C'est aussi lui qui se rendra responsable de certaines des visions les plus intrigantes du show, dont ce moment où il hurle de façon effrayante dans le micro (Careful with that axe, Eugene) ou son utilisation énergique du fameux gong de Pink Floyd, dont il était la manieur attitré de mailloche! 

Mais si le film a été tourné (aussi bien en studio qu'en extérieur) avec une multitude de caméras, et un mélange intéressant entre vidéo et pellicule 35, le film souffre de l'arbitraire des conditions: des pans entiers de film ont été perdus entre le tournage et le montage, certaines prestations des musiciens étant passées à la casserole! Donc sur One of these days, tout est centré sur ce brave Nick Mason, qui déjà se taille souvent la part du lion sur Set the controls for the heart of the sun. A l'inverse c'est très probablement Mason qui joue la basse sur le blues Mademoiselle Nobs (Waters y joue de la Strat de Gilmour, ce dernier de l'harmonica, et Wright joue du chien), mais on ne le verra pas pour le prouver! 

Ces défauts, présents sur la version historique (d'une heure environ) du film ajoutent au mystère d'un groupe qui, concentré à l'extrême, est au pied du mur d'un changement de direction qui a tardé à venir. Selon toute vraisemblance, en immortalisant leur répertoire dans la poussière volcanique du Vésuve, les quatre musiciens ont sans doute préparé leur grande transition vers l'inconnu, la haute-fidélité, et la face cachée de la lune.

 

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