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Spiral

De musique avant toute chose

The Woodentops Giant (Rough Trade/Virgin, 1986)

On est passé à côté des Woodentops, à moins que ce ne soit le contraire: comme une comète qui est soudain déviée, les Woodentops ont failli frôler le monde. Ceux qui les ont vus en concert, durant leur quart d'heure en pleine lumière, ont ressenti une déflagration... pas le reste du monde, qui a du se contenter, même si le mot est vaguement péjoratif et donc impropre, d'une poignée d'albums... Trois, en 1986, 1988, et... 2014, auxquels il convient d'ajouter un album live hallucinant en 1987, et une poignée de singles impeccables partiellement rassemblés sur un EP, Straight Eight Bushwaker... C'est peu, mais c'est déjà bien pour un groupe qui a eu une trajectoire de météorite, non? ...Et qui, paradoxe ultime, ne s'est jamais vraiment arrêté.

Giant vient après quatre singles, produits pour certains par Swmi Ananda Nagara, soit John Leckie. D'autres ont été portés sur les fonts baptismaux par un certain Animal Jesus, qui n'est autre qu'Andy Partridge. Continuons la relation avec XTC en précisant que Bob Sargeant, qui a produit cet album, était déjà l'un des producteurs de Mummer en 1983, pas l'album le plus évident du groupe de Swindon, mais l'un des plus atypiques, justement. Car Giant est tellement atypique, lui aussi, que même le groupe en a été embarrassé par moments! 

Le groupe se formait à l'époque de Simon Mawby, à la guitare, de Frank de Freitas à la basse, de Alice Thomson au clavier (elle était créditée au "Casio", toute une époque!), de Benny Staples à la batterie et aux percussions, et enfin de Rolo McGinty, au chant et à la guitare acoustique. Leur style à la base est un mélange étonnant de folk, de pop Anglaise et de rockabilly. On vient en pleines années 80 de frôler un deuxième Summer of love, et les Woodentops ont intégré une forte dose psychédélique dans leurs enregistrements et leur live show (notamment un titre qui part en grosses pulsations, Plutonium Rock), mais si cette orientation apparaît en filigrane sur Giant, le rôle de l'album semble quand même être de recentrer le groupe...

Ce qui ne les empêche pas de commencer par une pépite complètement fidèle à ce qu'ils ont toujours été: Get it on est un morceau de pop à 100 à l'heure, parfait pour se familiariser avec la dynamique particulière, entre guitare acoustique de compétition, et batterie de bric et de broc (Staples est un batteur atypique, lui aussi, qui joue debout et a constitué son set entièrement à sa guise). Le titre accumule les morceaux de bravoure et nous plonge parfois en plein rockabilly avec les touches de guitare (une grosse Gretsch!) de Mawby. Get it on est inévitablement sorti en single, comme une sorte de résumé parfait du groupe...

Alors on est surpris par ce qui suit: des guitares, de l'orgue, et les balais qui annoncent une sorte de cavalcade folk, champêtre, débutent Good thing, qui est un enchantement. On y entend la belle voix grave parfaitement définie de Rolo McGinty, et les choeurs qui se mélangent avec tant d'ingrédients, des accords ciselés de Mawby à... du marimba, joué par Sargeant. Débutant par une belle introduction de guitare en pleine veine sixties (cette réverbération!!) Give it time est dansant, mais en douceur... Une pépite inattendue de la part du groupe qui joue à 260 pulsations par minutes des brûlots comme Move me

Et justement, Love Train reprend le fil de cette veine nerveuse, avec un tapis de rythmes inattendus, la guitare acoustique, et au sommet, cette entêtante guitare électrique... On y entend particulièrement bien le drum kit bizarre, avec ses ingrédients inattendus. le contraste entre la précision du morceau et l'énergie déployée est saisissant... Hear me James continue à explorer cette veine moitié folk, moitié rock garage en mode acoustique. Ce n'est pas la meilleure chanson de l'album... Love affair with everyday living, sans doute le morceau le plus travaillé de l'album, en revanche, est une merveille... Elle es pleine de détours, de petites surprises, d'ingrédients qui vont dans tous les sens, depuis un accent particulier sur les guitares, électriques comme acoustiques sont en troupeau! un violon, pur ingrédient folk, fait aussi son apparition... Le soin apporté à cette chanson en faisait un candidat idéal pour un single.

La face B commence par une autre mélopée folk, avec comme ajout notable, un accordéon! Rolo McGinty chante So good today avec une énergie presque soul. Shout! est pris sur un tempo d'enfer, avec à nouveau les guitares qui dérapent en pleine sortie d'autoroute... History est une petite friandise, dans laquelle on entend bien les claviers, ce qui est rare... La basse est basée sur deux séquences de trois notes, et on entendra un break, avec piano honky-tonk, qui fleure bon le psychédélisme des sixties. Mawby se fend d'une jolie partie de guitare avec vibrato... C'est un titre mineur, mais on est bien dedans!

Le titre suivant fait partie des plats de résistance au menu: Travelling man commence par une introduction à la batterie, sur tempo d'enfer, puis la guitare électrique intervient, suivie de la basse, et enfin la guitare acoustique. Quand la rythmique est en place, une mélodie à l'orgue se fit entendre, irrésistible, puis une transition. Quand Rolo commence à chanter, une minute est déjà passée, avec une tension très forte. C'est l'un des rares titres avec deux guitares électriques sur cet album... Sur Last time, au tempo jazz, le groupe joue à fond la carte d'une atmosphère sensuelle, faite de mélodies nostalgiques, avec l'ajout d'une contrebasse magnifiquement captée... La voix mesurée de Rolo McGinty est accompagnée de très beaux choeurs... la chanson connaîtra des incarnations plus dire, notamment sur le live Hypnobeat, l'année suivante. Ici, un solo de guitare acoustique semble faire un clin d'oeil au jazz français de Django Reinhardt, avec une belle transition entre acoustique et électrique...

Everything breaks est une fin appropriée pour l'album, une chanson exaltante, où la structure harmonique installe une belle tension, avec l'attente d'une résolution qui ne viendra jamais vraiment. Les guitares sont une fois de plus complémentaires l'une de l'autre, c'est bluffant...

Voilà, un album d'une grande inventivité, dont les chansons parlent surtout de ce sujet si courant dans la pop: l'amour et ses déconvenues. Un album tellement soigné qu'on pourrait sans doute soit l'applaudir, soit s'en plaindre. Le public lui a fait un triomphe. Le groupe s'est trouvé dans la situation de considérer qu'on les avait poussés en dehors de leur son, et de leur style. Il s'en est suivi une tournée durant laquelle ils ont décidé de dynamiter le son propre que Bob Sargeant leur avait concocté. Ils ont aussi supervisé des remixes inattendus, très dansants... Qui anticipaient sur une étrange suite de leur carrière. 

On peut donc dire que quelque part, si cet album est un joyau, c'est malgré eux!

 

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