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Spiral

De musique avant toute chose

Vulfpeck The beautiful game (Vulf, 2016)

Comment commencer? En établissant un contexte, sans doute, mais dans un monde (le rock 'n roll? la pop? euh... la musique, peut-être?) aussi attaché aux notions d'évolution, de parcours, un groupe qui était déjà accompli à sa première apparition, un groupement de virtuoses déterminés à tout jamais à s'adonner au funk le plus jouissif, sans aucune envie de faire évoluer les canons du genre au prétexte du fait qu'ils sont parfaitement réjouissants comme ils sont, Vulfpeck défie en permanence la critique! Donc le contexte, en 2016 comme en 2011, comme en 2022, c'est Vulfpeck, un groupe de quatre musiciens passés par les conservatoires, et qui s'entendent si bien qu'ils font de la musique naturellement ensemble. Et ils la font pour s'amuser et produire du plaisir...

Au commencement, donc, de la batterie, de la basse et des claviers, avec une solide dose de guitares... Mais si on devait attribuer un rôle à chaque protagoniste, ce serait trop simple... Car Jack Stratton, par ailleurs producteur et ingénieur du son (probablement un peu manager aussi, et souvent maître de cérémonie, et d'ailleurs c'est lui dans son costume préféré sur la pochette de ce deuxième album), est batteur, pianiste, guitariste. Theo Katzman, chanteur, est aussi et surtout guitariste, et aussi et surtout batteur. Voire batteur-chanteur, parfaitement capable de s'immerger dans une baignoire remplie de glaçons pour chanter, ce qu'il a fait cet été pour un concert. Restent Woody Goss et Joe Dart: le premier joue des claviers, chante parfois... Et Joe Dart est le bassiste.

Vous remarquez que j'ai attendu la fin du paragraphe pour parler de celui qui est sans doute la principale attraction de Vulfpeck, et qui est devenu LE bassiste dont on parle, en lieu et place de... qui vous savez. Un autre virtuose attaché au funk. C'est que Joe Dart est un bassiste exceptionnel, au groove jamais démenti, à la musicalité d'une finesse rare, et attaché comme ses petits copains aux chansons courtes et efficaces. Et le groupe ne se prie jamais de le mettre en avant, ce qu'ils ont tendance à souligner en faisant tous des danses de crétins autour de lui quand il improvise des solos à couper le souffle.

Bref, donc Vulfpeck est une formidable machine à swing, à groove et à slap, à l'ancienne, avec des instruments idoines: pas de mauvais goût, ici, des instruments numériques, il y en a sans doute, mais limités à l'essentiel; pour le reste, des peaux, des cordes, des touches. Du piano classique ou électrique Wurlitzer, de la Fender Stratocaster, de la Fender Jazz Bass ou de la Music Man Stingray. Bref, des instruments qui renvoient aux années glorieuses du genre, entre les années 70 et 80. Les dettes à l'égard des gloires de la soul sont nombreuses, mais on pensera souvent plus à Stevie Wonder qu'à James Brown, et puis à MoTown aussi: normal, après tout: Vulfpeck est basé dans le Michigan. On pensera aussi beaucoup à Booker T. and the MGs et ce n'est pas un hasard, la motivation première de Vulfpeck et de Stratton était à l'origine de créer un label (Vulf Records) et une rythmique capable de fournir de la musique au pied levé, comme le groupe mythique de Green Onions, qui était aussi la rythmique par défaut du label Stax.

Et ça permet, pour que la fête soit complète, de fournir parfois des extras sur l'album: en plus des quatre virtuoses mentionnés plus haut, on entendra un certain nombre d'invités ici, qui ajoutent tous à la fête, comme Antwaun Stanley, souvent vocaliste en concert, et qui possède un beau grain de voix totalement dans le ton, ou encore l'exceptionnel guitariste rythmique Cory Wong qui est devenu sans faire partie de Vulfpeck sa deuxième vedette certifiée, en égalité avec Joe Dart! L'applaudimètre en fait foi. Un autre atout très présent dans les concerts est le saxophoniste et pianiste occasionnel Joey Dosik.

...Et c'est pourtant un autre souffleur qui entame la fête avec un thème intitulé The sweet science, qui sonnera plus comme de la musique traditionnelle Juive d'Europe centrale que du funk. Michael Winograd y démontre son talent à la clarinette. C'est beau, digne et ça a le bon goût d'être assez court, le groupe n'étant jamais là pour lasser son auditoire. On passe enfin à Animal spirits, un funk festif et très propice à des passages en radio pour un dimanche tranquille, avec Animal spirits, qui permet d'entendre la voix très agile de Theo Katzman, qui me fait parfois penser à... Mike Love. Le morceau est propulsé par un piano acoustique irrésistible, et la chanteuse Christine Hucal fait une apparition. Dean town est basé sur un groove au départ très minimal, avec une ligne de basse en croches. C'est d'ailleurs un thème dominé par cet instrument, et la façon dont Goss et Dart collent leurs sons l'un à l'autre est toujours impressionnante. C'est la chanteuse Laura Mace qui se charge de la plupart des parties vocales de haute volée de The Conscious Club, une reprise interne d'un instrumental désormais doté de paroles: pas forcément le meilleur moment, mais... la rythmique. On y entendra aussi Jack Stratton dans son rôle de MC... El Chepe, avec son groove tranquille tout en douceur, fait la part belle aux sons organiques des instrumentistes, notamment la guitare caressante de Katzman, et le piano de Goss. Ca swingue, et dru.

Antwaun Stanley fait son entrée avec 1 for 1, Di Maggio, un thème qu'il chante en compagnie de Katzman, qui fera entendre une partie diabolique de guitare rythmique par Cory Wong en fond. La chanson est typique de Vulfpeck, dans la mesure où elle parle des joies du base-ball... Joe Dart est de nouveau la vedette d'un morceau, avec Daddy, he got a Tesla: il lance, propulse, et soutient le morceau en permanence. Un break idiot (donc sublime) et plusieurs interventions énergiques de saxophone plus tard, on passe à Margery, my first car, doté de la voix éthérée de Christine Hucal, pour une partie de funk doux. Aunt Leslie est la deuxième contribution d'Antwaun Stanley, et bénéficie d'une partition pour plusieurs trombones. La voix fait une fois de plus merveille... Enfin, on termine sur l'un des hymnes du groupe, un de ces thèmes qui déclenchent des tempêtes d'acclamation durant leurs concerts: un festival de guitares serrées les unes contre les autres, de groove irrésistible à la batterie (Katzman), de piano électrique, et de breaks de basse tous plus hallucinants les uns que les autres. Du Vulfpeck pur en quelque sorte. Le titre? ...Cory Wong! une façon comme une autre de rendre hommage à celui qui apporte tellement au son du groupe, mais aussi de mettre en avant le fait que le funk, c'est d'abord et avant tout des rythmiciens qui font le job.

Et Vulfpeck, au-delà de la dose d'humour systématique et des déguisements étonnants qu'ils portent sur scène, c'est d'abord et avant tout une célébration permanente de ce qu'on appelle le groove, justement, et de la joie qu'il procure, comme le jeu d'un sportif peut enthousiasmer ses fans (d'où le titre... et la pochette!). Donc c'est une section rythmique qui est descendue sur terre pour qu'on danse (si on veut) et qu'on se sente bien. Cet album, comme les autres. Allez, on y retourne...

 

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