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Spiral

De musique avant toute chose

The Beatles Hey Jude / Revolution (Apple, 1968)

Sergent Pepper's lonely hearts club band a été, sans aucun doute, un impressionnant début, le point de départ d'une période exceptionnelle, le coup d'envoi en quelque sorte d'une saison de folie aussi, ce n'est pas pour rien qu'on l'a appelée The summer of love! Mais si d'une part les Beatles ne sont pas, loin s'en faut, les seuls responsables, le fait est qu'une fois sorti, leur grand oeuvre les a mis au pied du mur: quoi faire maintenant. Et en prime, les quatre garçons not pu constater, une fois la pression, la folie douce, l'été retombés, que le monde n'avait pas changé, et que cet atmosphère de psychédélisme musical n'aurait qu'un temps et était finalement, comme toujours, qu'une mode passagère...

Le résultat ne s'est pas fait attendre: tout en expédiant tranquillement les affaires courantes, les Beatles à l'abri du besoin ont aussi pris leur temps. Un single par-ci, un film vite fait mal fait (Magical Mystery Tour) par-là, ils ont aussi du affronter la mort de leur manager, et pris la décision de se constituer en label pour promouvoir non seulement leur musique, mais aussi celle des autres... 

Le dernier single Parlophone était Lady Madonna / The inner light, qui était étonnant à plus d'un titre: tout d'abord, il étaient furieusement empreint de rock 'n roll et de soul music, avec un ensemble de saxophones, et un piano qui prenait toute la place, mais pas un gramme de psychédélisme à se mettre sous la dent. Les oripeaux et costumes étranges les gênaient, ils ont tout enlevé... Ensuite, s'il est facile d'identifier Paul McCartney derrière la face A, c'est pour la première fois George Harrison qui a composé la face B, d'ailleurs d'inspiration sérieusement indienne! John, écarté de la course au single, avait-il mieux à faire à cette époque que de participer à la compétition interne?

Le premier disque Apple des Beatles serait le fameux The Beatles, autrement (et pour des raisons évidentes) surnommé "Double Blanc", mais il fallait occuper le terrain. C'est donc en Août que le groupe a sorti ce single, tiré pour les deux chansons des séances de son futur album, mais aucun des deux titres n'y figure... du moins pas dans la version ici présente!

Justement, puisqu'on en parle: la face B est Revolution, un brûlot rock 'n roll d'une sauvagerie particulière, qui représente la version définitive d'une chanson de John qui par ailleurs figurera sur le deuxième disque de leur double à venir. Mais la version de l'album (Revolution 1), sorte de blues laid-back, avec des saxophones langoureux et un choeur de gémissements saugrenus qui ne font aucun doute quand à leur provenance, ressemblait quand même beaucoup à une parodie, motivée par l'esprit contradictoire du caméléon John Lennon, qui singeait le blues comme pour s'en moquer, et raillait derrière le sucre et les choo-bi-doo-wa des choeurs, l'esprit révolutionnaire de toute une époque! Alors que la version disponible sur cette face B, agressive, plus rapide, et dotée d'une partie de guitare tellement saturée que les DJ de tous le pays ont du se poser des questions, sonne comme une déclaration d'intention, pas exempte de cynisme...

Retournons le disque, et attaquons nous à la face A... Hey Jude: une ballade, entamée par la seule voix de Paul, qui ensuite s'accompagne au piano seul. Une vois posée sur un morceau de soul blanche, une ballade finement ouvragée dont tous les protagonistes viennent ensuite se faire entendre, les uns à la suite des autres, sans que quiconque manque à l'appel. Ringo à la batterie (Ah, ses premières pulsations sur le charleston, pour nous faire patienter...), George à la guitare baritone (Fender Bass VI, un instrument utilisé par les Beatles pour pallier l'absence de bassiste quand Paul était au piano), John à l'acoustique et à la deuxième voix, et Paul, bien sûr, au chante et au piano.

La chanson? magistrale. Une mélodie d'une clarté absolue, qui tranche complètement certes sur la période d'invention délirante qui précède, mais à l'avantage de tout dire, et de le dire bien, fort et en toute clarté. Qui est Jude? Les théories sont nombreuses et invérifiables, la plus courante est qu'au départ la chanson était dédiée à Julian Lennon, "Jules", donc, que Paul a ensuite changé en Jude par diplomatie: car dire, dans une chanson publique, un enfant qu'il lui fallait redresser la tête, revenait à rendre publique une situation difficile dans le couple Lennon! De fait...

Mais ainsi changée la chanson devient un exutoire massif pour toute personne qui a un coup de mou. Et magnifiquement structurée sur ses premières trois minutes, elle monte, elle monte...

Mais vers quoi?

Il est de bon ton aujourd'hui de se moquer, de dire "c'est trop long", "ça ne va nulle part", mais le fait est que dans les Beatles, Paul était non seulement un fan de la soul music, et un connaisseur. Il avait aussi tout compris, et ce qu'il a fait, ici, c'est de la pure soul... Une construction  vers un final grandiose qui avait le culot d'être plus long que le reste de la chanson. Des choeurs qui signalent de façon insistante la fin, en apothéose, mais le font durant 4 minutes. Un accompagnement qui varie constamment, avec un chanteur en transe qui s'en tire avec les honneurs. Un orchestre, qui dans un célèbre passage télévisé, a été plus que mis en avant de façon dramatique, mais tout est déjà dans le disque: écoutez à 3:49, l'arrivée de plages orchestrale, pendant que Paul revient à l'avant au micro... 

C'était gonflé, d'autant qu'un single normalement faisait à cette époque au maximum 3 minutes! En forçant les barrages, pour imposer une chanson en apparence aussi consensuelle, les Beatles s'avéraient comme d'habitude, totalement révolutionnaires et novateurs. En couplant ces deux chansons contradictoires, d'un côté une construction savante et qui bousculait tout sur son passage mais en douceur, et de l'autre un blues sali, rendu plus agressif que jamais par la volonté de son créateur (qui a pris un plaisir particulièrement à le jouer sur les télévisions), les Beatles étaient plus que jamais à l'avant-garde... tout en récoltant un numéro un des ventes dans onze pays dont bien sûr le Royaume-Uni et les Etats-Unis, à l'époque où ce classement voulait encore dire quelque chose...

Et le tout sans album à vendre. La classe, quoi...

 

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